Tribune - Audrey Pulvar, Emmanuelle Cosse et Eric Pliez : "Il est urgent de relancer une offre de logements abordables"

Stéphanie Veneziano | 03 Février 2021

TRIBUNE. Audrey Pulvar, tête de liste pour les élections régionales, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement, Eric Pliez, maire du 20e arrondissement, ancien président du Samu social de Paris et de l’association Aurore et président de Paris Habitat et le mouvement Île-de-France en commun réagissent au rapport annuel de la fondation Abbé-Pierre.

A nouveau cette année, la Fondation Abbé-Pierre nous interpelle sur l’état du mal logement, le sort des 4 millions de personnes touchées par ce fléau, les centaines de milliers d’enfants qui en subissent l’impact. La crise du logement ne cesse de s’aggraver, à mesure que l’État et certaines collectivités se dérobent à leurs obligations. Aujourd’hui, en Ile-de-France, ce sont plus de 750.000 personnes qui sont en attente d’un logement social. Elles sont plus de 2 millions en France.

Pour une majorité de Franciliennes et de Franciliens, se loger correctement est une gageure, et ce, à toutes les étapes de la vie. A chaque changement, pour les étudiants, pour les jeunes, pour les familles, pour les séniors, monte l’angoisse de ne pas y arriver, de ne pas avoir de choix. La peur de ne plus être en mesure de payer son loyer et de se retrouver à la rue vient, souvent, du fait de difficultés financières soudaines, d’une séparation, d’un deuil, d’une perte d’emploi ou d’une baisse d’activité pour les travailleurs indépendants.

La crise sanitaire, depuis près d’un an, vient amplifier cette angoisse, multiplier les situations de désarroi et d’impuissance. Combien de Franciliennes et Franciliens dans l’impossibilité d’honorer leurs loyers redoutent la fin de la trêve hivernale, même reportée? Combien de propriétaires empêchés, par manque de ressources, de payer leurs charges voient se dégrader leur lieu de vie et doivent se justifier auprès d’un syndic ou d’une assemblée de copropriété? Les mois terribles que nous traversons jettent une lumière crue sur les conséquences désastreuses du mal logement : inégalités face à la propagation du virus et au risque de contamination intrafamiliale ; inégalités face aux contraintes du confinement, exposition de femmes et d’enfants à des violences intra-familiales répétées, grandes difficultés pour des jeunes de s’isoler afin de suivre leurs cours à distance, ou pour des parents en télétravail…

Le logement est pourtant un droit essentiel, garanti par notre loi. Un bien commun. L’une des fondations de toute vie digne, de toute vie normale.

En Ile-de-France, nous voulons que personne ne soit exclu. Nous voulons garder sur notre territoire, dans de bonnes conditions de vie quotidienne et de travail, nos forces vives, les "premières  et premiers de corvée", les employé.e.s, les soignant.e.s, les enseignant.e.s, les policier.e.s, toutes les travailleuses et tous les travailleurs essentiels, en première ligne. Celles et ceux qui n’ont que les services publics pour patrimoine.

Pour cela, dans notre Région, il est urgent et indispensable de relancer une offre de logements abordables, par une politique volontariste, généreuse et écologique. Une politique mêlant qualité de vie et mixité sociale. Ne favorisant ni ghettos de pauvres, ni ghettos de riches, simplement des territoires solidaires et équilibrés.

Les Franciliennes et les Franciliens nous le demandent. Ils ont besoin de se loger décemment mais se soucient, également, d’habiter des villes plus mixtes, plus équilibrées, plus durables, plus responsables en matière de consommation d’énergie, plus respectueuses de l’environnement et de notre qualité de vie à toutes et tous.

La majorité régionale sortante a failli. Elle porte une lourde responsabilité face à l’ampleur prise par la crise du logement. Elle a aggravé les inégalités sociales et territoriales qui fracturent notre région. Rompant avec l’exécutif précédent, elle s’est désengagée massivement du financement du logement social avec un budget divisé par deux. Elle a abandonné le logement des jeunes et des étudiants, comme le logement familial. Elle a rejeté l’encadrement des loyers, mesure qui pourtant a fait ses preuves partout où elle a été appliquée. Elle a stoppé pendant quatre ans le financement des opérations de rénovation énergétique, elle a refusé d’exiger l’application de la loi SRU.

La Région est pourtant la bonne échelle pour agir et porter une voix forte sur le logement. Bien au-delà du débat sur les compétences, elle a la responsabilité d’indiquer un cap, contre toute fatalité, pour entraîner tous les acteurs, en prenant sa part dans le financement des projets, en décidant de leurs orientations et leurs destinations. Par exemple, en matière de rénovation énergétique, d’efficacité énergétique des programmes neufs, de soutien des filières du bâti durable.

Notre première décision sera de rétablir un budget structurant pour l’accès au logement, en relançant immédiatement une aide à la production de logements sociaux face à la cherté du parc privé. 70% des Francilien.ne.s sont éligibles au logement social de par leurs revenus. La Région agira sur tous les leviers - logement familial, logements des jeunes et étudiants, résidence autonomie pour personnes âgées, accession sociale à la propriété - pour loger une large part de la population, des plus modestes aux classes moyennes.

La Région contribuera avec la même volonté à une bonne répartition du logement social dans tous les territoires et reprendra le combat pour limiter les hausses de prix des fonciers dans toutes les opérations d’aménagement d’envergure. Nous soutiendrons aussi, avec détermination, les démarches d’encadrement des loyers. Nous aiderons enfin les organismes de foncier solidaire, pour la production annuelle de 5.000 logements en accession sociale à la propriété, en dissociant le foncier du bâti.

Pour enrayer au plus vite l’effondrement de la production annuelle de logements, en particulier de logements sociaux avec une sous-production de 10.000 à 15.000 logements par an depuis 2017, il faudra, demain réhabiliter l’acte de construire. On peut en effet concilier la production de logements abordables et de logements durables, en privilégiant les éco-matériaux, la gestion écologique des espaces en pleine terre, les projets de végétalisation et les opérations les moins consommatrices de foncier.

Contre l’étalement urbain, contre l’artificialisation des terres, c’est bien un nouvel urbanisme, durable et circulaire, que nous voulons promouvoir. Dans notre Région, un recensement complet et précis, ainsi qu’un grand travail de densification des usages et de conversion du bâti existant sont à mener. Objectif? Reconquérir des millions de m2 inutilisés, sous-utilisés ou mal utilisés : friches industrielles, friches ferroviaires, zones commerciales obsolètes… ces lieux offrent de très nombreuses opportunités pour réinventer nos espaces, recréer la ville sur la ville - en y intégrant végétalisation et agriculture urbaine-, et ainsi construire les logements dont les Franciliens ont besoin.

Nous porterons dans le même esprit un grand programme de transformation des bureaux vides et obsolètes en logements. Sous le double effet de la crise économique et du développement du télétravail, l’immobilier de bureau connaît déjà de profonds bouleversements. Selon certaines estimations, les entreprises pourraient réduire de près de 30% leurs surfaces, libérant en Ile-de-France plusieurs millions de m2. C’est un potentiel de 6.000 à 8.000 logements que l’on pourrait ainsi mobiliser, chaque année.

Pour combattre le mal logement sur tous les fronts, c’est parallèlement l’entretien des logements existants qu’il faudra relancer. Nous conduirons un plan de rénovation thermique dans le parc social, et relancerons une politique régionale de rénovation thermique des logements privés, grâce à des aides à la transition écologique du bâtiment. Pour aider à l’éradication de l’habitat insalubre, nous déploierons un plan exceptionnel, visant à résorber les 157.000 logements concernés, soit 4% du parc francilien. Et pour les situations de copropriétés dégradées, si peu prises en compte par l’actuelle majorité, nous proposons de doubler le dispositif "Co-propriétés de la Région", afin d’accompagner les copropriétaires fragiles dans le rétablissement de leur situation.

Bâtir durable, rénover l’existant, construire du logement social et écologique, c’est aussi une question de formation, d’emploi non-délocalisable, de soutien à l’artisanat et aux petites entreprises. C’est pourquoi nous créerons un programme régional de formation et d’insertion professionnelle pour le développement des métiers de la rénovation thermique, en articulation avec nos pôles universitaires régionaux.

Avec la plus grande détermination et sans jamais oublier de concilier justice sociale et préservation de l’environnement, nous actionnerons tous les leviers à notre disposition, en créeront de nouveaux, pour répondre à l’urgence, pour des millions de franciliennes et franciliens, de voir respecter leur droit à un logement décent et confortable et faire de notre Région, la plus riche de France, une Région bien moins inégalitaire. 

Audrey Pulvar, tête de liste pour les élections régionales, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement, Eric Pliez, maire du 20e arrondissement, ancien président du Samu social de Paris et de l’association Aurore et président de Paris Habitat et le mouvement Île-de-France en commun.

 

Tribune à retrouver dans le JDD aujourd'hui. 

Stéphanie Veneziano

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Conseillère régionale d'Île-de-France