Comprendre l'enjeu de la tarification des transports

Gaston Laval | 07 Janvier 2021

Le cap donné est clair. L’Ile-de-France doit opérer une révolution de sa politique de mobilités, et la gratuité des transports en commun doit en être le bras armé. C’est un projet de société structurant tout autant que c’est un défi à relever tant la mise en place de cette proposition se ferait à une échelle sans commune mesure avec toutes les expériences de gratuité des transports en commun qui prévalent en France depuis plusieurs décennies. Notons que si certaines collectivités ont été pionnières, nous connaissons une accélération du nombre de collectivités à se lancer dans cette aventure depuis le milieu des années 2000, jusqu’à l’agglomération de Dunkerque en 2018 qui offre une gratuité totale pour ses 200.000 habitants.

Justice sociale et écologique

Dans le cadre de notre campagne régionale, nous devons absolument réussir à sortir de la logique comptable dans laquelle cherchera – et c’est déjà le cas – à nous enfermer la droite. La gratuité, c’est un autre rapport à l’espace, au temps et à l’autre. Ainsi, nous devons affirmer le changement de paradigme : la mobilité est un droit et il revient donc à la collectivité de permettre à chaque Francilien-ne de pouvoir l’exercer. Il s’agit là d’une mesure de justice sociale.

Par ailleurs, parce que les transports représentent 30% de nos émissions, rendre les transports collectifs gratuits permet d’envoyer un signal prix sans précédent en faveur du report modal. Il s’agit donc également d’une mesure écologique, bien qu’elle ne soit pas suffisante en elle-même et doit être accompagnée de politiques d’investissements importants pour densifier encore davantage le réseau autour du futur Grand Paris Express et développer très fortement les lignes de rabattement avec des parkings relais. Le défi de la transition social-écologique des mobilités en Ile-de-France ne sera relevé que lorsque chaque mode de transport aura été remis dans sa zone de pertinence.

Enfin, rappelons que les usagers de la route sont les seuls qui ne payent pas pour leur infrastructure lorsqu’ils se déplacent. En dehors des sections à péage des autoroutes, l’entretien du réseau routier est complètement mutualisé au niveau des collectivités gestionnaires. C’est dans cette logique que la proposition de gratuité prend tout son sens : les crises des bonnets rouges et des gilets jaunes ont explosé lorsqu’il a été question de transformer les utilisateurs en usagers. Si la route ne veut pas payer sa juste part, il faut diminuer celle des transports collectifs massifiés.

La multimodalité

Par ailleurs, la gratuité ne sera efficiente et efficace que si l’offre de transport est plus conséquente, qu’il s’agisse de la régularité ou de la multimodalité. Nombre de solutions alternatives à la voiture et complémentaires aux transports en commun sont aujourd’hui gérées par des opérateurs publics ou privés, avec des tarifications dissuasives pour les plus défavorisés (vélos et trottinettes en libre-service (hors Vélib), offres d’autopartage).
Nous devons poser les bases d’une agglomération de cette offre disparate et combiner les transports en commun et des « engins de déplacement personnels », en proposant un pass Navigo, qui permette de combiner les abonnements à ces différentes offres de mobilité (transiliens, RER, métro, tramway, autopartage, vélos, covoiturage, trotinnettes).
Il nous faudra également entrer en discussion avec le syndicat mixte en charge du service sur l’avenir de Velib’ à l’échelle régionale comme le recommande d’ailleurs la CRC.

La gratuité, pour qui, quand et comment ?

Avant toute chose, il convient de définir à qui s’adresse la gratuité des transports. Nous faisons le choix de réserver la gratuité aux Francilien-nes, sur justificatif de domicile. De ce fait, les touristes continueraient de payer leurs transports. Nous mettons cependant en garde à propos de la situation des « pendulaires », toutes ces personnes qui viennent dans notre région par obligation (personnelle ou professionnelle) et qui ne bénéficieraient pas de cette mesure. Il ne faudrait pas que l’Ile de France devienne une île hors de France. Nous sommes dans un pays de tradition jacobine, la différenciation est très peu appréciée et fortement jalousée.

Par ailleurs, nous devons prendre garde aux inégalités intra régionale. Si 6 millions de Francilien-nes utilisent (quasi) quotidiennement le réseau de transport en commun, cela signifie que la moitié ne le fait pas. Il ne faut que pas que la gratuité soit perçue comme un nouveau moyen de relégation de la grande couronne (plus pauvre, moins bien dotée en transports collectifs et où l’automobile demeure le principal mode de déplacement, souvent de manière contrainte) par rapport à la zone dense qui bénéficie d’une offre abondante et des pôles de richesse. La droite risque d’ailleurs d’utiliser cet argument contre nous.

Quoi qu’il en soit, gratuité ne voudrait pas forcément dire disparition des portiques et des validations des titres au-delà du maintien de certains titres payants, ces informations sur les trajets et les flux sont des informations capitales à agréger au niveau d’IDFM pour toujours mieux comprendre les déplacements des usagers du réseau et donc l’améliorer. D’où l’idée de créer un « Pass (Navigo) Gratuité ».
Cette question est en suspens, car la suppression des installations de contrôle et donc de comptage, serait source d’économies. Elle existe d’ailleurs dans de grandes métropoles, comme Berlin.

Comme à Dunkerque, Montpellier, Rouen, Nancy… nous proposons que la gratuité des transports collectifs soit un cap avec un échelonnement sur l’ensemble du mandat. Une méthode qui a d’ailleurs déjà fait ses preuves en Ile-de-France sous la dernière mandature de Jean-Paul Huchon avec la mise en place progressive de la zone unique pour le Pass Navigo.

 

 

Gaston Laval

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