Le système Pécresse : 5 ans d'inaction et de reculs face à la crise du logement !

Stéphanie Veneziano | 13 Février 2021

Au-delà des éléments de discours et de communication le bilan de Valérie Pecresse est marqué par un très lourd désengagement du logement depuis 5 ans.

« Le CESER (Conseil Économique, Social et Environnemental Régional) regrette la distance entre l’affichage par la Région d’un niveau d’engagement important et la réalité d’un désengagement dans le parc locatif social, dans le logement des jeunes et des étudiants ainsi que dans le parc privé et ce, en dépit d’une demande très forte de logements en IDF » .

UN BUDGET LOGEMENT DIVISE PAR 2

Avec un budget divisé par 2, le logement, et en particulier le logement social, n’est plus une priorité régionale depuis 2015. En cumulé sur 5 ans, ce sont 190 M€ qui ont manqué au logement social, soit environ 25 000 logements.

Évolution du budget logement de la Région

 

Crédits consommés en 2015 (AP)

Crédits consommés

en 2020 (AP)

Ecart

Evolution

Budget logement global

128 M€ 

70 M€

- 58 M€

-45%

Logement social familial

71 M€

33 M€

- 38 M€

-53 %

Logement jeunes et étudiants

28 M€

9 M€

-19 M€

-67 %


📉LA RÉGION EN RECUL SUR TOUS LES ENJEUX : SOUTIEN DE L’OFFRE, ENTRETIEN DU PARC EXISTANT ET RÉNOVATION THERMIQUE

Concrètement, c’est une Région en net recul, voire totalement en retrait, sur tous les enjeux, qu’il s’agisse d’augmenter l’offre de logements abordables ou d’en améliorer la qualité.

Recul sur le soutien de l’offre/la production de nouveaux logements sociaux

6 733 logements sociaux familiaux ont été financés par la Région en 2020, contre 7 723 en 2015, ce qui est moins du quart de l’ensemble des opérations réalisées dans l’année. Au-delà du nombre de logements cofinancés, c’est l’aide moyenne de la Région par logement qui est en net recul : -47%, de 9 193 à 4901€ par logement ; quand les bailleurs voient parallèlement leurs marges de manœuvre réduites par la politique nationale (1.5 MM€ perdus avec la réforme des APL).

De la même façon, le soutien régional au logement des jeunes et des étudiants est également en forte baisse : 1 393 places en 2020, contre 3 084 en 2015.

Retrait de l’entretien du parc social existant – la Région ne soutient plus les opérations de réhabilitation des bailleurs

La ligne budgétaire destinée à la réhabilitation du parc locatif social a été soldée en 2015, à l’arrivée à leur terme des partenariats entre la Région et les OPH de Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis et Plaine Commune ainsi que la SA Emmaüs habitat. Aucun dispositif n’a été rétabli depuis.

🏚 Abandon pendant 4 ans des dispositifs d’aide à la rénovation thermique

La ligne budgétaire destinée à la lutte contre la précarité énergétique, dans le logement social et le parc privé (14 M€ d’AP consommés en 2015) a été supprimée dès 2016. Le partenariat avec l’ANAH n’a pas été poursuivi. Le cofinancement des diagnostics thermiques ainsi que les aides à la réhabilitation du parc privé ont été supprimés. Pendant 4 ans, la Région n’a mené aucune action.

Il faut attendre mars 2020 pour voir réapparaître un « plan contre les passoires thermiques » dans le logement social. Avec 10 M€ de budget, la Région vise la rénovation de 5 000 logements, quand on recense 50 000 passoires thermiques en IDF.

L’intervention régionale n’est pas à la hauteur des enjeux et aucun rattrapage n’est engagé pour les 4 années perdues.

PARIS ET LA ZONE DENSE, VICTIMES N° 1 DU DÉSENGAGEMENT DE LA RÉGION

Tout au long de l’année 2017, les financements logement de la Région ont été suspendus sur l’ensemble de la zone dense (Paris et les 130 communes de Petite Couronne), Valérie Pécresse renvoyant à la Métropole du Grand Paris naissante – qu’elle avait décidé de combattre activement - la responsabilité du financement du logement social.

Au-delà de la responsabilité d’adopter un schéma directeur (Plan Métropolitain de l’Habitat et de l’Hébergement), la MGP n’était en réalité ni organisée, ni financée, pour reprendre le financement du logement social. La Région finira par le reconnaître l’année d’après, mais n’opérera aucun rattrapage pour cette « année blanche ».

Logements sociaux familiaux financés de façon résiduelle en 2017 par la Région

 

Paris

Hauts de Seine

Seine Saint Denis

Val de Marne

Nombre de logement

9

24

184

159

 

UNE SÉRIE DE DÉCISIONS TRÈS IDÉOLOGIQUES ET TRÈS CIBLÉES

Le désengagement budgétaire massif de la Région s’est accompagné d’une série de décisions très idéologiques et très ciblées.

Le choix du logement intermédiaire au détriment du logement social et très social.

Alors que les besoins de logements portent principalement sur le logement très social (PLAI), V. Pecresse a décidé, en 2016 puis 2020, de reprendre le financement des PLS puis de financer le logement intermédiaire (LLI), sans crédits supplémentaires (donc au détriment du logement social et très social) et sans conditionner ces aides aux grands enjeux de rééquilibrage entre les territoires.

En juillet 2020, 10 M€ sont ponctionnés sur les lignes du logement social pour financer la création de 2000 logements intermédiaires. L’objectif mis en avant - soutenir l’accès au logement des personnels soignants – n’est pas crédible : les aides-soignants et infirmiers étant, comme 70 % des Franciliens, tout à fait éligibles au logement social. Ces derniers sont même perdants avec un loyer en moyenne au double dans le LLI (16€/m²) par rapport au logement social.

Le renoncement à lutter contre les grands déséquilibres territoires

Avec l’adoption du très déséquilibré dispositif dit « anti-ghettos » et la décision de supprimer tous les dispositifs de péréquation régionaux, la Région a renoncé à inciter les communes peu dotées en logement social à s’engager davantage dans le nécessaire effort de solidarité et ainsi contribuer aux enjeux de rééquilibrage. Le dispositif dit « anti-ghettos » adopté en 2016 interdit le financement de logements très sociaux (PLAI) dans les communes ayant atteint 30% de logement social mais n’évoque pas la situation des communes carencées SRU.

L’opposition de Valérie Pécresse aux mesures d’encadrement des loyers

A chaque étape du rétablissement des mesures d’encadrement des loyers à Paris et en petite couronne, Valérie Pécresse a réaffirmé son opposition de principe à ce dispositif et son attachement à la loi du marché. Pour mémoire, entre 2015 et 2017, 1ere phase d’encadrement des loyers à Paris, les loyers ont pu être stabilisés, contre 55 % d’augmentation constatée entre 2005 et 2015.

Stéphanie Veneziano

À propos de

Conseillère régionale d'Île-de-France