Se souvenir, toujours, oublier, jamais

Pierre Kanuty | 06 Avril 2021

Se souvenir, toujours, oublier, jamais

Le 8 avril, dans le monde entier, les juifs vont commémorer le souvenir des victimes de la Shoah, le génocide perpétré par les nazis qui conduisit à l’assassinat de masse de près de six millions d’hommes et de femmes de tous âges, y compris de bébés.

Si dans le reste du pays, cette journée sera aussi commémorée le 25 avril avec l’ensemble des victimes de déportation dans les camps nazis, il est évident pour tous, que dans l’impressionnante masse des victimes du nazisme, les juifs et les Roms furent des victimes non pas à cause de leurs opinions politiques ou de leur orientation sexuelles, mais simplement parce que dans la hiérarchie raciale établie dix ans avant leur arrivée au pouvoir, les nazis avaient décidé qu’il y aurait une race des seigneurs et des sous hommes.

Beaucoup a été dit, écrit, filmé, jugé, sur la Shoah. L’accès aux archives, le travail de documentation, le recueil de témoignages – saluons ici ce que fait Sophie Nahum avec « les Derniers » -, les nombreuses publications en diverses langues et pour tous les publics font que le travail de transmission de cette part intégrante de l’Histoire de notre pays et de notre région dispose de matériaux accessibles.

Nous ne sommes plus dans un temps où les survivants étaient peu à parler, à un pays qui ne voulait pas écouter.

Nous sommes dans un temps où les témoins disparaissent et où la façon de transmettre est un sujet crucial de politique éducative notamment car si, il y a 40 ans, un négationniste soulevait une vague d’indignations, aujourd’hui quelques relativistes ou négationnistes provoquent une forme d’indifférence qui n’empêche nullement la manipulation des faits, la confusion et le relativisme.

A Paris comme à Drancy, on est passé de « heureux comme Dieu en France » comme disait le vieux proverbe yiddish à "nuit et brouillard".

N’oublions jamais que l’antisémitisme « à la française », bien ancré depuis l’Affaire Dreyfus, relayé par l’Action française, dans les rues, dans la presse, jusqu’à la Chambre des députés, avait suffisamment contaminé le régime de la Collaboration pour que les lois antijuives du régime de Vichy furent promulguées sans que les nazis ne demandent rien dans un premier temps.

N’oublions jamais que la rafle du Vel d’Hiv à Paris, qu’un journal a récemment évoqué pour commenter les dispositifs de vaccination de masse, fut organisée par des Français.

N’oublions jamais que l’Ile-de-France « hébergea » avec le camp de transit de Drancy, l’étape entre l’arrestation et la déportation.

Souvenons-nous toujours que ces centres de mise à mort, en mobilisant une ingénierie planifiée ne furent pas le résultat d’une folie meurtrière comme l’Histoire en a connues – avant et depuis – mais l’exécution froide et méthodique d’un plan savamment orchestré par toute un système d’individus éduqués et cultivés, mais fanatisés.

Souvenons-nous toujours qu’il se trouva des Justes pour mépriser suffisamment leur propre vie et leur propre sécurité pour sauver, une, deux, trois, voire plus, personnes car ils refusaient de se taire ou de regarder ailleurs.

Souvenons-nous toujours car si au cœur de l’Europe qui voulut civiliser le monde et apporter à d’autres peuples les vertus de la modernité, une telle atrocité fut possible, c’est bien que toujours, nous devons tirer les leçons de cette horreur.

Pas simplement pour honorer la mémoire des victimes et exprimer notre soutien à leurs familles, mais aussi parce qu’encore aujourd’hui, face à la violence, au racisme, à l’antisémitisme, il n’y aura jamais assez de vigilance pour ce qu’il y d’indifférence.

Cela commence par un tag, par un tweet, ce que certains appellent « l’antisémitisme de plume », mais tôt ou tard cela finit par un passage à l’acte.

D’autres génocides ont assombri le ciel de bien des peuples alors qu’après la découverte des camps d’exterminations un immense « plus jamais ça » avait jailli après la nausée que provoquaient ces terribles images.

C’est aussi une mémoire de l’Ile-de-France, un héritage qu’il faut porter car l’entretien de la flamme de la mémoire est notre affaire à tous car l’Autre est un autre Je et que nous sommes tous frères et sœurs en humanité. C’est ce que nous avons en commun qu’il faut préserver. 

Pierre Kanuty

À propos de

Depuis la Martinique à la Région, engagé pour la solidarité internationale, l'Europe, l'égalité et l'unité de la gauche.