La place de la Seine dans les Hauts-de-Seine : quelle valorisation ?

Marie Brannens & Brice Gaillard | 19 Janvier 2021

C’est une chance pour une ville que d’avoir un fleuve sur son territoire. C’est un lien entre les villes qui le longent mais aussi d’une rive à l’autre. Avec la Seine, le Département des Hauts-de-Seine est, comme son nom l’indique, particulièrement concerné par cette situation. Ce ne sont pas moins de 17 villes qui sont concernées : Issy-les-Moulineaux, Meudon, Sèvres, Boulogne-Billancourt, Saint-Cloud, Suresnes, Puteaux, Neuilly-sur-Seine, Levallois, Clichy, Courbevoie, Asnières-sur-Seine, Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers, Colombes, Nanterre et Rueil-Malmaison. 

Dans le cadre de l’atelier organisé par le 92 en Commun, il est apparu que la Seine doit être appréhendée comme ayant une double nature géographique : le fleuve est à la fois cours d’eau et berges. Si des éléments communs à ces deux approches peuvent être dégagés, en particulier sur le plan environnemental, le fleuve et ses rives présentent des caractéristiques différentes et doivent être appréhendés par les politiques publiques de manière distincte.

La nécessité d’une approche écoresponsable associant de multiples acteurs

Dans les Hauts-de-Seine comme dans la plupart des villes du monde, les cours d’eau ont très longtemps été perçus comme des espaces en dehors de la ville ou à tout le moins marginaux et spécifiques. On note d’ailleurs à cet égard que, jusqu’au tournant du millénaire, l’urbanisme n’a pas spécifiquement intégré ce dernier aux réflexions en matière d’aménagement et que ce n’est que récemment, comme les exemples de Paris, mais aussi de Bordeaux ou de Nantes en attestent, que la reconnexion du fleuve à la ville a été réinsérée.

Au-delà de toute autre considération, c’est l’idée d’une approche écoresponsable qui est promue : tant la qualité de l’eau en elle-même que la « naturalité » (et la propreté bien souvent) des berges sont devenus des enjeux pour les pouvoirs publics. Cela est d’autant plus vrai en zone urbaine où les désagréments de la pollution de l’eau, en particulier sur le plan sanitaire et sur le plan olfactif, sont encore plus prégnants. Il faut enfin ajouter à ce niveau la nécessaire prise en compte de la gestion des inondations, qui sont du moins pour partie dues à une artificialisation excessive des berges.

Cette problématique a ceci de particulier qu’elle associe différents acteurs dont les responsabilités s’imbriquent, parfois d’ailleurs sans que cela ne soit extrêmement clair, entre l’établissement public Voie Navigable de France, les propriétaires fonciers, les communes et les établissements publics territoriaux. Se réapproprier la Seine devient dès lors un enjeu multiscalaire qui ne pourra être concrétisé que dans une perspective partenariale. C’est d’ailleurs à cet égard que tant le Département des Hauts-de-Seine que la Région Île-de-France peuvent avoir un rôle majeur à jouer.

 

Le fleuve : repenser les transports intra et interdépartementaux

La Seine doit être un outil de reconnexion des territoires. Il est frappant de noter que la (re)mise en œuvre d’une véritable stratégie de transport fluvial intégrée aux réseaux de transports en commun déjà existants et accessible par le biais d’un « pass navigo » à prix constant, sous la responsabilité d’Ile-de-France Mobilités, fait l’unanimité. Le fleuve offrirait une alternative à un réseau centré sur Paris et permettrait de rapprocher des villes est des espaces qui sont aujourd’hui trop distant. Ainsi, une liaison fluviale allant d’Asnières à Issy-les-Moulineaux et desservant l’ensemble des villes sur les deux rives serait pertinente et raccourcirait les temps de transport tout en désengorgeant des itinéraires routiers bien souvent saturés. De même une liaison fluviale permettant de relier entre eux les différents sites accueillant les JO de 2024 serait souhaitable. Un système de nœuds multimodaux pourrait également être envisagé pour améliorer la desserte de certains territoires parfois sensiblement isolés.

Par ailleurs, cette approche pourrait être élargie à des parties plus importantes de l’Ile-de-France et, à terme, élargi par un dispositif de canaux.

Dans les deux cas et à ces deux échelles, le fret fluvial doit être encouragé par l’aménagement d’espaces le facilitant, là aussi dans une perspective environnementale et de rationalisation d’axes routiers bien souvent trop saturés.

Dans un sens opposé, il a pu être proposé à certains niveaux de « faire rentrer le fleuve dans les villes » par le biais du creusement de « bras morts » qui permettraient, outre d’agrémenter les lieux de vie, de lutter contre les ilots de chaleur et de créer de nouvelles logiques de déplacement pour les habitants. 

 

Les berges : reconnecter les lieux de vie

Cette logique de transport ne pourra être mise en œuvre sans une réflexion aboutie et l’engagement d’une démarche pro-active appuyée visant à assurer la navigabilité de la Seine et à gérer efficacement le batillage. Cela amène à s’intéresser à l’aménagement des berges. 

Une particularité doit à cet égard être relevée et traitée : il apparaît fondamental de préserver les iles séquanaises : leur biodiversité, leur faune, leur flore, et de préserver leur caractère naturel : Île Saint-Germain (Issy), Île Seguin (Boulogne), Île de Puteaux (Puteaux et Neuilly), Île de la Jatte (Levallois et Neuilly). Des passerelles pourraient d’ailleurs être envisagées pour les relier deux par deux …ces territoires doivent faire l’objet d’une attention toute particulière et doivent coûte que coûte faire l’objet d’aménagement raisonné. Il s’agit d’un enjeu d’autant plus sensible que, comme en atteste les projets relatifs à l’aménagement de l’île Seguin, la droite régionale n’intègre pas ces considérations dans ses réflexions et sacrifie la préservation de ces sites au profit de projets densificateurs dont on ne perçoit ni la logique, ni le bienfondé.

En ce qui concerne les berges autres que celles de ces espaces insulaires, la perspective d’un aménagement complet à l’échelle départementale, si elle semble ambitieuse, n’apparaît pas déraisonnable : l’intégralité du linéaire des berges de Seine, sur les deux rives, doit permettre les déplacements piétons et cyclistes dans un cadre écoresponsable caractérisé par une bétonisation aussi faible que possible. Là également, Département comme région peuvent avoir un rôle incitateur fort en la matière.

Enfin, une stratégie de déploiement de sites visant à accroitre le vivre-ensemble sur ces espaces doit être mise en place et pourrait faire l’objet d’un appel à projet régional et de financements partagés : espaces culturels et sportifs, lieux de convivialités et de festivités, de rencontres et d’échanges, marchés de producteurs, développement de l’économie sociale et solidaire, les berges de Seine regorgent d’endroits qu’il serait possible d’aménager dans cette perspective, comme par exemple les dessous des ponts franciliens. Tous ces projets pourraient par ailleurs faire l’objet d’une coordination et / ou d’une valorisation par un musée de la Seine relatant son passé et son importance au cours de l’histoire récente et moins récente de la région.

A titre d’exemple, nous promouvons l’organisation d’une fête du fleuve itinérante, qui aurait vocation à se diffuser de ville en ville sur une période donnée le long de l’axe du fleuve.

En définitive, faire de la Seine un espace qui lie au lieu d’être un espace qui sépare pourrait apparaitre à la fois comme étant un symbole politique fort et une ambition améliorant concrètement le quotidien d’un nombre conséquent de Franciliennes et de Franciliens.