Occitanie et Bourgogne-France-Comté, des régions de gauche qui innovent dans la formation professionnelle

Paul Cassavia | 16 Mai 2021

Au moment où les jeunes les moins formés auront le plus de difficultés à entrer sur le marché du travail, le rôle de la région pour dynamiser et moderniser l’offre de formation professionnelle doit être repensé. Citées en exemple pour leurs multiples initiatives en matière d’emploi dans le rapport du CESE pour « la prévention et la réduction du chômage de longue durée » (2020), les régions d’Occitanie et de Bourgogne-Franche-Comté ont fait le choix d’investir ce champ sur la durée. Leurs vice-présidentes en charge de la formation professionnelle, Emmanuelle Gazel pour l’Occitanie et Océane Charret-Godard pour la Bourgogne-Franche-Comté, nous ont livré le fruit de leur expérience de plusieurs années à ce poste stratégique pour l’action régionale.

Pour Emmanuelle Gazel, on ne peut se passer des formations longues qui nécessitent un vrai investissement financier mais assurent une insertion durable sur le marché du travail. A rebours de la politique menée par les régions gérées aujourd’hui par la droite, qui misent principalement sur les formations courtes. Deuxième axe : assurer un maillage fin sur le territoire, grâce au déploiement de « maisons de région » où sont recrutés des chargés de mission territoriaux à même d’acheter des formations qui correspondent vraiment aux besoins des entreprises par bassin d’emploi, et d’animer le réseau des acteurs locaux de l’emploi (clubs RH). Se servant de ses relations privilégiées avec les entreprises et leurs organisations professionnelles, la Région Occitanie a pu lancer avant la crise un dispositif de transition des salariés des entreprises en difficulté vers des entreprises en croissance (dispositif « Passerelles ») : une idée simple et une formation financée à 100% par la Région ont permis d’obtenir des résultats rapides. Enfin la Région a largement modernisé l’outil de formation : le cap de la digitalisation ayant déjà été atteint en Midi-Pyrénées il y a plusieurs années, un cabinet a été missionné pour accompagner les organismes de formation dans la modernisation de leur offre. En conjuguant l’inventivité des organismes, premiers acteurs de leur propre transformation, et les ressources de l’intelligence artificielle, des modules qui s’adaptent à la progression pédagogique de chaque individu ont pu être développés. L’innovation est finalement parfois plus pédagogique que technique.

En Bourgogne-Franche-Comté, Océane Charret-Godard porte une politique où les publics les plus éloignés de l’emploi et les moins formés constituent le cœur de cible des dispositifs de formation. 250 millions d’euros du Plan régional d’investissement dans les compétences (PRIC) sont mobilisés notamment pour les décrocheurs de moins de 26 ans. La clé du succès repose sur la forte coopération avec les acteurs institutionnels (partenaires sociaux et Pole Emploi). La simplification administrative est mise au service des plus démunis : des accords permettent aux départements de devenir eux-mêmes prescripteurs de formation pour les bénéficiaires du RSA, sans avoir à repasser par Pole Emploi. Moins d’intermédiaires, ce sont de précieux mois de gagnés pour les bénéficiaires des minimas sociaux en attente une formation. Des freins financiers ont aussi été levés : après des années de gel de leur indemnisation de stage de formation, les bénéficiaires du RSA perdaient en revenus au moment de se former ; une nette revalorisation et un forfait de 200€ ont permis de rendre ce parcours plus attractif. En outre, la région a misé sur une méthode participative pour évaluer les besoins de formation : dans le cadre d’Etats-Généraux pilotés par le Carif-Oref, 5 groupes de travail ont été mis sur pied ainsi qu’une plateforme en ligne qui a recueilli 150 contributions. Enfin la Région soutient des initiatives associatives originales en faveur des séniors, comme les « regards croisés ressources cachées » organisés par la Maison de l’emploi du dijonnais. Il s’agit d’un « no-job dating » où des employeurs se prêtent au jeu d’entretiens d’embauche fictifs avec des chômeurs de longue durée, pour restaurer leur confiance et préparer leur retour vers l’emploi.

Paul CASSAVIA