Notre engagement pour la biodiversité en Île-de-France

Maxime Zucca | 09 Juin 2021

Ces dernières années, la biodiversité est devenue un sujet sérieux, presque une priorité politique. Elle a enfin son GIEC, l’IPBES, dont l’évaluation globale présentée au printemps 2019 en France a fait office d’électrochoc. Depuis 20 ans, elle a d’ailleurs sa journée internationale : ce 22 mai. Il était temps. Les petites voix qui s’épuisaient dans l’indifférence sont relayées, défendues, amplifiées. Cependant, si le discours progresse, les actes sont encore très faibles et la biodiversité reste la cinquième roue du carrosse.  Nous prenons donc comme engagement de faire de la lutte contre l’érosion de la biodiversité l’une des grandes causes du mandat électoral régional pour lequel nous vous appelons à nous faire confiance les 20 et 27 juin prochain.

 

La gauche socialiste et écologiste au pouvoir en Île-de-France a initié la première Stratégie Régionale de la Biodiversité en 2003 du pays, avant de créer en 2007 la première Agence Régionale de la Biodiversité, Natureparif. Une réussite qui a incité le législateur à encourager les autres Régions à faire de même en 2016. Au contraire, Valérie Pécresse avait prévenu, lors de sa campagne électorale en 2015, vouloir supprimer cette agence qu’elle jugeait superflue du fait de l’existence de l’Agence des Espaces Verts. Elle a finalement opté pour un changement de nom, Natureparif devenant l’Agence Régionale de la Biodiversité en Île-de-France – allant même jusqu’à reprendre à son compte l’avant-gardisme de l’Île-de-France en la matière[1].

 

Parmi ce que les travaux de Natureparif et de ses partenaires nous ont appris, figurent les chiffres sur l’état de la biodiversité dans la région. Ils ne sont pas bons : les oiseaux des milieux agricoles, les chauves-souris, la flore et les papillons y déclinent plus vite que dans les autres régions de France[2]. La part d’espèces menacées y est plus nombreuse[3]. Et pourtant, l’Île-de-France présente un grand potentiel : près d’un quart de sa surface est couverte de forêts, dont parmi les plus prestigieuses du pays (Fontainebleau, Rambouillet). La Bassée constitue une zone humide d’importance nationale. Les 4500 kilomètres de rivières représentent autant de joyaux à restaurer ou à préserver. Même les milieux artificiels, créés par les humains en ville, peuvent s’avérer extrêmement hospitaliers si l’on y laisse s’épanouir les espèces.

 

Devant le constat de l’érosion de la biodiversité, les mesures symboliques ne suffisent pas. C’est bien l’ensemble de la politique régionale qui doit être adaptée pour être à la hauteur de cet enjeu. Nous devons nous assurer qu’à très brève échéance, plus aucune des actions de la Région ne soit défavorable à la biodiversité et mener une politique qui laisse toute sa place aux autres vivants sur le territoire.

 

Ainsi, les aides régionales seront modulées en fonction en fonction de leur impact sur la biodiversité et sur le climat[4], et l’impact climat et biodiversité de chaque ligne budgétaire fera l’objet d’une évaluation indépendante par une Assemblée Citoyenne du Long Terme[5] – un dispositif que nous portons au titre de la transition démocratique et écologique.

 

Les problématiques majeures auxquelles font face la faune et la flore de notre région sont liées à la destruction ou à la dégradation de leurs milieux de vie. L’agriculture intensive a une part de responsabilité dans cette situation. Quant à l’usage des pesticides et des engrais chimiques, il a des conséquences désastreuses pour ce qui reste de la faune agricole et des zones humides.

 

Nous accompagnerons les agriculteurs qui souhaitent changer de modèle et nous soutiendrons avec force l’installation de nouveaux agriculteurs souhaitant développer une agroécologie paysanne : financièrement et en mettant en place un fonds public de portage transitoire du foncier agricole pour permettre aussi aux plus « petits » de s’installer. Nous ne pouvons compter sur la nouvelle Politique Agricole Commune pour infléchir les courbes de l’érosion de la biodiversité. C’est donc à nous, Régions, que revient le devoir d’aider au déploiement de l’agriculture biologique, en particulier par des aides à la certification, à la diversification et à l’investissement. Des contrats spécifiques seront passés avec les agriculteurs pour les accompagner dans leur transition et pour aider au financement de l’installation de haies, de mares, au développement de pratiques favorables à la cohabitation avec les autres êtres vivants.

 

L’expansion des villes et des infrastructures est l’autre cause majeure d’érosion de la biodiversité dans la Région, en causant la perte de nombreuses surfaces naturelles et la rupture de continuités écologiques. La lutte contre l’artificialisation des sols se verra transcrite dans notre schéma régional directeur d’aménagement, le SDRIF. A l’heure actuelle, environ 800 ha sont transformés chaque année en lotissements, parkings, routes ou carrières. Il nous faut parvenir à diviser par quatre ce bilan à brève échéance et atteindre un solde de zéro artificialisation nette à l’horizon 2030 – c’est-à-dire que certaines destructions seront compensées par des renaturations, ce qui est par exemple le cas pour les carrières. Nous défendrons une densification réfléchie, qui doit permettre de rendre plus attractives certaines petites et moyennes villes de la Région, s’accompagnant d’emplois, de commerces de proximité et d’une végétalisation de l’espace public.

 

Le confinement du printemps 2020 nous ont rendu particulièrement précieux le chant des oiseaux et la magie de la métamorphose printanière des végétaux et des insectes du voisinage. Certaines espèces se sont inféodées à la ville, ce nouvel environnement que nous avons créé, et il est de notre devoir de leur y laisser une place. Mais il est également démontré que leur présence diminue les risques de dépression, de burn-out et accélère même les guérisons au sein des hôpitaux[6] ! Les opérations de rénovation urbaine que nous accompagnerons seront donc toujours menées avec l’objectif d’y accueillir oiseaux, insectes pollinisateurs et fleurs sauvages, et nous soutiendrons financièrement les opérations de végétalisation des toits, de plantations de haies et d’arbres en villes, de « débitumisation » des espaces publics.

 

Nombre d’entre nous apprécient un ressourcement en forêt. L’Île-de-France le permet, et nous comptons le faciliter. Des arrêts de train en forêt seront mis en place et sécurisés, à l’image de celui qui existe entre Fontainebleau et Bois-le-Roi. Écoute du brame du cerf, escalade sur les rochers, cueillette de champignons, recherche des salamandres, récolte de bois : la forêt est le lieu de multiples usages, qui entrent parfois en conflit. Il s’agit d’un laboratoire idéal pour les dispositifs de démocratie locale que nous souhaitons insuffler à toutes les échelles. Nous soutiendrons la création d’instances de concertations, des Conseils territoriaux de la forêt, pour tenter de concilier ces enjeux. La Région possède un patrimoine forestier important, sous la responsabilité de l’Agence des Espaces Verts. Pour y favoriser les espèces dépendantes des peuplements âgés, nous laisserons au moins un tiers des forêts régionales en libre évolution, sans aucune intervention humaine, sauf aux abords des chemins pour des raisons de sécurité.

 

Depuis 2002, les Régions ont la possibilité de créer des réserves naturelles régionales pour protéger leurs espaces les plus patrimoniaux et y permettre des actions de conservation adaptées à certaines espèces sensibles. L’Île-de-France en compte 12, dont une seule a été créée au cours de la mandature actuelle. Nous créerons 10 réserves naturelles régionales supplémentaires. Pour cela, nous nous appuierons notamment sur les Parcs Naturels Régionaux, qui devront en proposer au moins une chacun. L’Agence des Espaces Verts et moins une des îles de loisirs régionales seront également mises à contribution. Les vallées de l’Essonne, de l’Epte, de la Seine et de la Marne ouvrent de nombreuses possibilités.

 

Les Parcs Naturels Régionaux constituent un outil précieux pour les Régions. La création du nouveau PNR de la Brie des deux Morin constituera l’opportunité d’encourager les pratiques agricoles favorables à la biodiversité dans l’un des derniers bastions de l’élevage extensif en Île-de-France. Les quatre Parcs Naturels Régionaux existant verront leurs moyens d’action renforcés. Nous relancerons les discussions autour de la création d’un Parc Naturel Régional dans le Bocage Gâtinais. En dehors des parcs, nous devons soutenir les collectivités locales en détachant des écologues pour les accompagner dans la transition écologique et pour les aider dans l’ingénierie de projets, les appels à projets nationaux et européens étant sources d’importants financements qu’il convient de rendre accessibles à tous les territoires volontaires.

 

Ces financements, régionaux ou extra-régionaux, peuvent notamment servir à « réparer » la nature lorsque nous l’avons trop abimée, lorsque les écosystèmes ont perdu leurs fonctionnalités. La droite au pouvoir a abandonné la politique des rivières et des zones humides qui avait été initiée par la gauche. Nous reprendrons en charge la politique de l’eau, et mêlerons les objectifs de restauration de la biodiversité avec ceux de la lutte contre les inondations, car la restauration de zones naturelles d’expansion des crues s’est avérée être le meilleur rempart lors des inondations dans l’Essonne en janvier 2018[7]. Nous voulons aller plus loin encore, et rendre certaines rivières de la région à l’état sauvage. Si des opérations d’améliorations ponctuelles doivent avoir lieu partout, nous mettrons l’accent sur quatre rivières, une par département de grande couronne, pour mener des opérations de restauration complète afin de les aider à retrouver un caractère pleinement sauvage sur toute leur longueur.

 

Plus largement, nous devons nous reposer sur la nature pour lutter contre le changement climatique et ses conséquences. La desimperméabilisation des sols participe également de la lutte contre les inondations et pour la biodiversité : nous l’encouragerons. Au contraire, il ne faut pas que solutions proposées pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre viennent accélérer l’érosion de la biodiversité. On ne peut résoudre la problématique énergétique en bâtissant des parcs photovoltaïques sur des milieux naturels ou en érigeant des barrages qui empêchent la circulation des poissons migrateurs.

 

Notre engagement pour la biodiversité sera enfin celui de ne pas soutenir des projets destructeurs, et de nous battre contre leur mise en œuvre. Nous mettrons en place, grâce à nos agences, un observatoire fonctionnel des projets d’aménagement et de leur niveau d’avancement pour une information complète de tous. Parmi les principaux projets actuels, nous réitérons notre opposition au projet de contournement de la RD154 dans les Yvelines, qui mettrait à mal le bois de Verneuil[8] ; au projet de mise au grand gabarit de la Seine en amont de Bray-sur-Seine, en Seine-et-Marne, à cause de son impact sur la biodiversité du fleuve et sur les zones humides alentours[9] ; à la cession du domaine de Grignon à des promoteurs immobiliers[10]. Nous prendrons garde à l’ensemble des projets de stockage des déblais du Grand Paris car, qu’il s’agisse de projets en zones humides comme ce fut le cas par exemple à Villebon-sur-Yvette, ou récemment à Saint-Hilaire, dans l’Essonne[11]. Quant au triangle de Gonesse, nous soutiendrons un projet alimentaire ambitieux d’un point de vue de l’agroécologie, et nous nous opposerons à toute installation de logement ou de commerces sur les terres agricoles.

 

Valérie Pécresse fait peu de cas de la biodiversité - ou d’une toute autre manière. Sous son mandat, les acteurs de la biodiversité n’ont jamais été aussi maltraités. Enfin, presque tous, car en 2019, elle s’est par exemple appuyée sur sa Stratégie Régionale de la Biodiversité et les lignes budgétaires associées pour financer des élevages de faisans de chasse destinés à être relâchés pour servir de ball-trap à des chasseurs[12].

 

La cohabitation entre les humains et les autres êtres vivants dépendra du changement de regard que nous accepterons d’opérer ou non. Vouloir toujours tout maîtriser, ou accepter de laisser de l’espace aux autres vivants. Réguler, ou accueillir les prédateurs. Jusque dans nos espaces verts, nos jardins, le changement de regard et de pratique sera crucial. Cela suppose de faciliter la transmission des savoirs, ce à quoi l’équipe de Valérie Pécresse s’est opposée, en mettant fin à l’essentiel des subventions pour l’éducation à l’environnement, tant dans le secteur associatif qu’au sein de ses propres organismes, l’Agence des Espaces Verts en tête. Nous redonnerons toute son importance à l’éducation à l’environnement et à la transmission des savoirs par les structures spécialisées. La déconnexion avec la nature et la perte d’expérience qui en résulte est particulièrement pointée par certains spécialistes en Île-de-France[13], dont le cœur d’agglomération est densément urbain. L’enjeu y est donc très fort. Pour ce travail, et pour la protection de la biodiversité plus largement, nous avons besoin des compétences des associations spécialisées. Nous devons en refaire nos alliés, et non les maintenir dans un rapport de dépendance financière et de domination malsain. C’est tous ensemble, que nous parviendrons à relever le défi de l’urgence écologique. Il est temps !

 

Audrey Pulvar
Roseline Sarkissian
Maxime Zucca

 

[1]

[2] https://www.arb-idf.fr/fileadmin/DataStorage/user_upload/dp_indicateurs_biodiversite_2016_bd.compressed.pdf

[3] https://www.arb-idf.fr/fileadmin/DataStorageKit/ARB/Publications/Panorama_de_la_biodiversite_francilienne__2019_.pdf

[4] https://www.iledefranceencommun.com/conditionnalite_aides

[5] https://www.iledefranceencommun.com/aclt_billet

[6] https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2019/06/FRB-Biodiversite-Sante-mentale.pdf

[7] https://www.leparisien.fr/essonne-91/essonne-les-inondations-evitees-sur-l-orge-grace-a-des-amenagements-anti-crue-31-01-2018-7533723.php

[8] https://actu.fr/ile-de-france/verneuil-sur-seine_78642/en-visite-dans-les-yvelines-audrey-pulvar-veut-rassembler-une-gauche-dispersee-en-vue-des-regionales_39083739.html

[9] https://lareleveetlapeste.fr/un-naturaliste-lance-lalerte-sur-les-dangers-ecologiques-poses-par-lelargissement-de-la-seine/

[10] https://www.iledefranceencommun.com/audrey_pulvar_contre_la_privatisation_grignon

[11] https://reporterre.net/Le-Grand-Paris-va-transformer-des-terres-agricoles-en-decharge

[12] https://www.aspas-nature.org/actualites/valerie-pecresse-57-500-e-dargent-public-pour-financer-les-cocottes-des-chasseurs/

[13] Voir, par exemple https://ciranpdc.fr/A3D/MoinsRelationAvecNature.pdf

Maxime Zucca

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