Arracher les racines du racisme, une urgence, une priorité

Pierre Kanuty | 21 Mars 2021

Le 21 mars est la journée mondiale pour l’élimination de la discrimination raciale. Un thème d’actualité qui vient de loin car le racisme n’épargne aucune civilisation, aucune contrée et aucune époque.

Cette date ne doit rien au hasard puisqu’il s’agit de se souvenir du massacre de Sharpeville en Afrique du Sud le 21 mars 1960, où la police assassina plus de 60 personnes qui manifestaient contre la politique des passes, un des piliers de l’apartheid.

L’apartheid politique a disparu, mais le racisme et les discriminations qui en découlent demeurent avec leur cortège de préjugés, de violence et parfois de morts.

En Île-de-France, nous connaissons le prix, toujours sanglant, la rançon toujours violente, de la discrimination raciale, de ce qui la nourrit et de ce qu’elle entraîne, des idées pourries qui l’entretiennent et des conséquences pour le vivre ensemble et l’avenir du genre humain. 2015 n’est pas loin. Les préjugés racistes nourrissent des comportements brutaux dans la police, le rejet à l’embauche ou au logement, et ils trouvent des espaces d’expression décomplexés dans les médias, aussi bien la presse que sur les réseaux sociaux.

On peut se rassurer en gommant le mot « race », mais le racisme est capable d’un recyclage permanent d’idées rances et d’une rhétorique datée en une fraîcheur étonnante de ces idéologies fossiles qui débordent, comme des égouts nauséabonds au-delà des rangs de l’extrême-droite. Elles sont nourries par l’ignorance et la peur. C’est un nouvel anticonformisme avec une sémantique moderne, qui parvient à faire croire qu’il n’est plus un facteur de haine. « Quand les hommes veulent changer les choses, ils changent les mots » disait Jean Jaurès.

Les temps sont durs pour les antiracistes sincères et on aura remarqué qu’il n’y a pas d’antonyme à « racisme ». Aujourd’hui les antiracistes sont accusés par l’extrême-droite droite d’avoir nourri l’immigration, l’insécurité et la crise identitaire de la France. On les accuse aussi d’avoir traité avec paternalisme et opportunisme un sujet trop grave pour être laissés à des politiques.

Certains antiracistes combattent tout ce qui n’est pas « eux ». Là où l’antiracisme républicain pense son combat dans l’universalité, ces activistes privatisent une lutte dans laquelle ils se trompent d'ennemi.

Tout cela est à rebours de l’idée d’un pays dans lequel on peut vivre les un·es avec les autres, heureux en se foutant de la religion, de la couleur ou de l’accent.

Oui il faut connaître l’histoire et la culture de l’autre, mais dans un but d’enrichissement mutuel, pas de différenciation obsessionnelle.

Si la révolution n’est pas un dîner de gala, le combat contre le racisme n’est pas une croisière sur un océan de tranquillité. Combattre une logique de haine et de violence qui charrie parfois des siècles de sang et de larmes ne se fait pas à coups d’indignations consensuelles et de condamnations morales.

Les préjugés racistes se transmettent et mutent, tel un virus, en mille variants par les médias, par les discours ou certaines attitudes au travail, dans la rue, dans un restaurant ou un magasin. Une fois que les stéréotypes ont fait leur travail, cela « imprime » dans des comportements ou des décisions, assumées ou non, dans contrôle de police, un entretien d’embauche, une visite d’un logement, une relation amoureuse, une place dans un train ou un avion.

Face au racisme, on ne peut être ni blasé·e, ni cynique, ni résigné·e et pour le combattre la posture morale ne suffit pas, pas plus que la foi dans la loi. C’est une question d’éducation, de vision du monde et de modèle de société : bref, c’est un combat éminemment politique qui interroge autant sur son rapport à l’Autre que sur soi-même.

On ne peut lutter ni par le dénigrement – qui vient d’un mot latin qui veut dire « noircir » - d’une approche qu’on ne partage pas, ni par le repli sur soi et la stigmatisation de l’autre, ni par l’entretien de la confusion des mots et des idées et de l’ignorance.

Voilà pourquoi il faut responsabiliser les médias et les milieux de la culture et de l’éducation car c’est dans ces lieux que se forgent et sont émis les éléments qui façonnent notre représentation du monde et de l’autre. Par la critique, par le mélange et par l’ouverture.

Il faut également que « celles et ceux qui ont réussi leur vie » ne travaillent pas que pour elles et eux, mais éduquent et transmettent.

Enfin, s’il faut être intraitables avec celles et ceux qui enfreignent la loi, il faut aussi comprendre que l’égalité réelle ne s'impose pas que par la loi. S’il n’y avait pas de racisme, est-ce que les quartiers populaires, les emplois modestes ou la population carcérale seraient composées des mêmes populations à majorité noire ou nord-africaine ? S’il n’y avait pas d’antisémitisme, est-ce que l’obsession à l’égard d’une partie de nos concitoyen·nes que l’on jalouse et que l’on croit organisé·es pour contrôler le monde avec une solidarité dont ne fait pas preuve soi-même auraient existerait ? S’il n’y avait pas de harcèlement des musulman·es, est-ce qu’on considérerait qu’il est possible d’être français et musulman et que tout musulman n’est pas un poseur de bombe ?

Combattre le racisme c’est combattre cette pulsion d’épuration ethnique qu’on perçoit tous les jours sur une chaîne d’info en continu ou dans certains hebdomadaires. C’est aussi combattre au nom de la dignité le dévoiement de la liberté d’expression en liberté d’oppression vers laquelle certain·es s’égarent, cachés derrière leurs claviers et leurs écrans qui, saturant les réseaux sociaux, nourrissent une violence qui peut toujours exploser.

Nous croyons qu’on peut triompher de la discrimination raciale, mais pour y arriver, cela passe par chacun et chacune d'entre nous.

Voilà pourquoi une Région Ile-de-France dirigée par la gauche s’engagera pour que chacune des décisions qu’elle prend en matière de développement économique, social, de formation ou sur les transports soient un élément de lutte contre les discriminations.

Chaque association, chaque entreprise, chaque partenaire sera partie prenante de cette mobilisation générale.

La région coordonnera son action avec les élu·es, associations, syndicats, entreprises, forces de l’ordre, familles, collectifs d'habitant·es, clubs sportifs.

Enfin la Région mobilisera toute la communauté éducative (enseignant·es, élèves, parents d'élèves, équipes éducatives) parce que le combat contre les discriminations est un combat éducatif et culturel.

Nous sommes convaincu·es que si on veut arracher les racines du racisme et en finir avec les discriminations dans les faits, il faut en finir avec les préjugés dans les têtes.

C’est ainsi qu’une Ile-de-France en commun peut prendre tout son sens.

Pierre Kanuty

À propos de

Depuis la Martinique à la Région, engagé pour la solidarité internationale, l'Europe, l'égalité et l'unité de la gauche.