Non, les immigrés ne sont pas des terroristes

Martina Modotti | 03 Mai 2021

Non, on ne peut pas accepter que des phrases comme « Il faut cesser de nier le lien entre terrorisme et immigration » (Valérie Pécresse) soient prononcées publiquement sans impunité.

On ne peut pas.

Dans un monde où le populisme et la droite veulent faire croire qu’il y a des solutions simples et immédiates à tous les grands et complexes défis de la société, ce type de propos est une fois de plus un coup bas à l’honnêteté intellectuelle et à une approche complexe et humaniste à la réalité des choses.

On ne peut pas dire qu’il y a un lien entre immigration et terrorisme, sans argumenter, sans analyser en profondeur les phénomènes, en laissant croire que ce lien serait au premier degré, et que donc tous les immigrés seraient des terroristes. On ne peut pas faire passer le message que l’immigration est un phénomène criminogène. Cela nous révolte.

Notre Pays, et notre région en particulier, ne peut que s’enrichir et gagner en résilience et force interculturelle grâce à l’accueil et au brassage de personnes provenant d’une multitude de Pays différents. Nous sommes fièr.e.s de cette Île-de-France cosmopolite.

Le chiffres montrent bien qu’on est loin d’avoir une majorité d’actes terroristes commis par des étrangers (cf. le rapport de l’IFRI écrit par le chercheur Marc HECKER « 137 nuances de terrorisme. Les djihadistes de France face à la justice » IFRI Focus stratégique, n° 79, avril 2018).

Si des étrangers se rendent sur le sol français avec le seul but de commettre un acte terroriste, ceci est du ressort des services de renseignement de l’état et n’a rien à voir avec les processus d’immigration.

Pareil, pour certains cas d’actes commis par des personnes souffrant de troubles psychiatriques, c’est une question de santé mentale et non pas d’immigration.

Si parmi les personnes ayant commis des actes terroristes, certaines résultent être issues de l’immigration (de première ou deuxième génération), comment peut-on retenir d’eux uniquement cet élément et en établir un lien de causalité ? Un être humain ne se définit pas avec une seule caractéristique. Ce serait comme dire que puisqu’il y a souvent des terroristes de sexe masculin, il y a un lien entre être homme et le terrorisme.

Allons plutôt regarder du côté de la condition sociale et économique : les individus condamnés pour actes de terrorismes se distinguent par un niveau d’éducation et d’intégration professionnelle plus faibles, un degré de pauvreté et d’engagement dans la criminalité plus élevé. Des personnes souvent aux marges de la société, qui se sentent délaissées, mis de côté, inutiles ou rejetés.

C’est alors ici la vraie question qu’il faudrait se poser, le vrai problème contre lequel nous devons nous battre : cette misère sociale, cette difficulté d’intégration, cette division des citoyens en individus de première et seconde classe, avec bien évidemment les populations issues de l’immigration plutôt reléguées au deuxième groupe.

Nous voulons une Île-de-France qui ne discrimine pas, une Île-de-France ouverte et cosmopolite, où la politique de création de ghettos périurbains s’arrête et où toutes les politiques sociales sont mises en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale, et – par conséquence – contre les dérives sectaires et de radicalisation.

Martina Modotti

À propos de

L'humain, l'humain dans toutes ses formes, c'est cela qui me passionne et qui donne du sens à mon existence: aller à la rencontre des autres, être avec les autres. Militante PS pour le progrès social, la fraternité, la solidarité et l'écologie.