Les enjeux : La rénovation énergétique

Brice Gaillard | 17 Décembre 2020

Depuis désormais plusieurs années, les enjeux de la rénovation énergétique irriguent le débat public sans pour autant que cette problématique ne soit épuisée par les dispositifs et les politiques publiques créés tant au niveau national qu’au niveau territorial et local.

On estime que la France compte aujourd’hui 7,5 millions de passoires énergétiques dans lesquelles vivent 3,8 millions de ménages en situation de précarité énergétique. Cet état de fait se vérifie par ailleurs autant en zone rurale qu’en zone urbaine et constitue aujourd’hui à plusieurs égards un champ des politiques publiques à rationaliser.

En effet, tant les méthodologies d’action publique que la répartition des compétences gagneraient à être repensées.

A cela s’ajoute la définition des objectifs politiques assignés à ces politiques publiques et donc des enjeux à proprement parler.

Intuitivement, il s’agit sans conteste d’un enjeu de qualité des logements. Cependant, cette qualité des logements n’étant pas une fin en soi, il est nécessaire d’approfondir l’analyse. Cela se décompose en un enjeu d’aménagement du territoire, en un enjeu environnemental et d’indépendance énergétique et en un enjeu social et sanitaire.

La montée en qualité des logements à l’échelle régionale permet sur le plan de l’aménagement du territoire de rééquilibrer les disparités pouvant exister en matière d’attractivité des territoires et de pouvoir penser à la fois désengorgement de zones trop denses et inclusion de territoires aujourd’hui marginalisés.

Ainsi, la rénovation énergétique est sans aucun doute un levier, parmi d’autres, permettant d’agir sur les déséquilibres régionaux actuels.

En matière d’indépendance énergétique, il s’agit dans un contexte recul du recours à l’énergie nucléaire et dans un contexte d’émergence sans conteste insuffisante des énergies renouvelables d’accroître l’indépendance énergétique de la France non pas en augmenter la production d’électricité mais en réduisant au contraire la consommation.

Sur le plan environnemental, la réduction de la consommation d’énergie permettrait de s’inscrire davantage dans une perspective de soutenabilité des activités humaines, dans la droite ligne de la COP 21 et des accords de Paris. Faire en sorte que la région la plus peuplée de France se dote d’un schéma de développement soutenable est en soi un objectif politique fondamentale.

C’est par ailleurs la question de la durabilité (et par opposition de l’obsolescence programmée) qui est assez directement posée par la problématique de la rénovation énergétique. Or, ces questions sont effectivement intrinsèquement liées à l’émergence d’un nouveau modèle de développement de nos sociétés.

Sur le plan social et sanitaire, il convient de rappeler en premier lieu que la première conséquence de la mauvaise isolation énergétique des bâtiments est sanitaire en ce que vivre dans des logements insalubres ou à tout le moins mal isolé entraîne statistiquement une occurrence plus élevée de maladies et en particulier une surmortalité hivernale.

Si cela est sans conteste secondaire par rapport à ces enjeux sanitaires prioritaires, notons que la rénovation énergétique va très souvent de pair avec une isolation sonore des bâtiments positive, en particulier en milieu urbain, pour la tranquillité des habitants.

En second lieu, la rénovation énergétique, si elle n’a pas cette seule conséquence, entraîne un diminution des charges de logement. Il s’agit là d’un enjeu en termes de pouvoir d’achat et de niveau de vie des franciliens les plus précaires, qui sont les premiers à subir des coûts énergétiques élevés amenés à se réduire à l’issue d’une démarche d’amélioration de la qualité énergétique des bâtiments. D’après le SRCAE 2012-2020 (Schéma Régional du Climat, de l’Air et de l’Energie d’Île-de-France), de 6% à 8% du budget des ménages modestes sont consacrés à l’approvisionnement énergétique du logement.

Notons à cet égard que l’existence d’un effet levier est démontré quand les aides publiques sont ciblées sur les ménages à bas revenus, qui sont surreprésentés dans les logements les moins performants, et que l’utilisation de crédits d’impôt permet en particulier dans ce cadre de conjuguer efficacité économique et équité sociale.

A cet égard, il est important de rappeler l’importance de l’accompagnement des publics cibles vers l’engagement d’actions de rénovation énergétique. Sur le plan national, les limites du dispositif « MaPrimRenov », largement sollicité par les classes moyennes et supérieures, doivent être intégrées aux réflexions et aux politiques publiques à créer, afin de recentrer les aides sur un public cible défini de manière plus précise.

Au surplus, et comme a pu le démontrer l’Ademe, la problématique de l’efficacité des travaux engagés témoigne d’un besoin d’expertise qui n’est pas automatique : s’il y a eu 5,1 millions de ménages engageant des travaux entre 2014 et 2016, seuls 5% de ces travaux sont considérés comme performant (la performance étant caractérisée par l’amélioration d’au moins deux classes énergétiques). Le scandale dit de l’ « isolgate » sur lequel la Cour de cassation a statué en 2019 est un autre exemple de ces précautions méthodologiques à intégrer en la matière.

Dans le SRCAE 2012-2020 des objectifs sont fixés pour répondre à ces enjeux :

Dans son rapport de juillet 2018 sur la stratégie énergie-climat pour la région Ile-de-France, on ne peut que noter l’abandon complet par Valérie Pécresse de ce référentiel d’une part, et la faible importance accordée à la rénovation énergétique des bâtiments résidentiels, preuve s’il en faut des lacunes et de l’inefficience des politiques régionales conduites entre 2015 et 2021 en la matière.

Ainsi, en 2020, il resterait encore près de 50 000 passoires thermiques dans la région, 1 000 ayant été rénovées.

En définitive, ces enjeux sont toujours extrêmement prégnants en Ile-de-France du fait de la concentration de l’habitat en particulier, du moins sur une partie du territoire francilien.

D’après le SRCEA toujours, le bâti représente en effet 60% des consommations d’énergie finale (contre 43% en France).

Pour comparaison, et ceci met en exergue l’importance d’un centrage adéquat des politiques publiques, ou du moins de la mise en place de politiques publiques appropriées, cela représente deux fois plus que le transport (27%) ou quatre fois plus que l’industrie (13%).

Ainsi, les réflexions sur le logement francilien ne sauraient faire l’impasse sur la problématique de la rénovation énergétique de ces derniers, tant pour des raisons environnementales que pour des raisons sociales. L’inclusion de normes qualitatives à l’échelle régionale pourrait sans conteste garantir une amélioration rapide de la situation en la matière.

C’est d’autant plus le cas en Ile-de-France du fait des particularités régionales en la matière :

Brice Gaillard

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