Favoriser à la fois l'innovation de rupture et l'innovation incrémentale

Michel Bessière | 19 Mars 2021

Il faut commencer par distinguer l'innovation de rupture de l'innovation incrémentale : 

  • L'innovation de rupture (aussi symbolisée par l'emploi du terme "deep tech") vient de la R&D (recherche et développement) avec une forte contribution du revenu et en aval sur le monde des startups.
  • L'innovation incrémentale est l'apanage du monde de l'entreprise de services ou autres. 

Plus d'informations sont disponibles ici.  

D’autres spécialistes de l'innovation parlent de 4 types d’innovation:

  • l’innovation incrémentale,
  • l’innovation adjacente,
  • l’innovation de rupture,
  • et l’innovation radicale.

Je pense que nous devons proposer des mesures différenciées suivant les 2 types d'innovation, rupture et incrémentale.

Mes propositions sont ainsi de :

  • Pour le type d'innovation de rupture : 
    • Favoriser les plateformes technologiques comme les IRT (institut de recherche technologique1, accélérateurs d'innovation) en supportant des thématiques choisies. Il existe aussi dans le mille-feuilles de l’écosystème de la recherche et développement et de l'innovation/innovation d’autres structures comme les Instituts Carnot2 (label donné à un laboratoire) ou les Labcom3,
    • Aider les TPE, PME et ETI (mais le besoin est moindre) à pouvoir exprimer leurs demandes en finançant des bourses de doctorats ou des chercheurs4.
  • Pour le type d'innovation incrémentale : 
    • La question suivante se pose : devons-nous intervenir sur cette voie ou on laisse le marché faire ? 
    • Par ailleurs, faut-il mutualiser des compétences, que les TPE/PME ne peuvent se payer en continue, à travers un support à des entreprises de consultants ?

Avec mon ami Yves Charon nous avions exprimé en 2018 dans notre blog d’alors quelques remarques touchant à ce sujet innovation.

La France dispose d’une recherche scientifique de premier plan mais, contrairement à d’autres pays, ne parvient pas à en exploiter pleinement le potentiel en termes de retombées à l’innovation.

Le frein est avant tout culturel (l’exemple du Nobel 2007 Fert-Grünberg en est symptomatique) et matérialisé par le cloisonnement entre recherche académique et entreprises.

Seule une politique ambitieuse et coordonnée peut faire sauter ce verrou. Le diagnostic est posé de longue date par de nombreux rapports.

Il faut rapprocher les cultures en plaçant l’insertion des docteurs en entreprise comme la priorité absolue.

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Michel Bessière, expert de l'innovation.

 

Notes de bas de page :

1 : Huit instituts de recherche technologiques (I.R.T.) ont été labellisés par l’État dans le cadre des Investissements d’avenir. Destinés à supporter une stratégie industrielle de conquête sur des marchés porteurs, les I.R.T. sont basés sur des partenariats de long terme entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et les entreprises. Leur ambition : intensifier la dynamique Industrie-Recherche-Formation.

2 : Le label Carnot a vocation à développer la recherche partenariale, c’est-à-dire la conduite de travaux de recherche menés par des laboratoires publics en partenariat avec des acteurs socio-économiques, principalement des entreprises (de la PME aux grands groupes), en réponse à leurs besoins.

3 : Accompagner les acteurs de la recherche académique dans la co-construction de « Laboratoires Communs » avec des entreprises pour encourager la création de partenariats bilatéraux durables et favoriser la création de connaissances et de savoir-faire facteurs d’innovation

4 : Voire des post-docs avec la limite d’un seul post-doc après la thèse. Personnellement je suis pour des embauches jeunes après le doctorat quitte à ne pas avoir des missions de recherche à vie.