Plus d’Europe en Ile de France, plus d’Ile-de-France en Europe

Pierre Kanuty | 09 Mai 2021

En ce 9 mai où nous célébrons la journée de l’Europe, c’est l’occasion de rappeler que dans l’enjeu régional, il y a aussi un enjeu européen.

Sur les quelques deux cent régions qui composent les Vingt-sept, la première et la plus riche c’est notre région. Par ses infrastructures, elle est un exemple de développement, mais par ses fractures, elle est une preuve que les défis pour lutter contre la misère, la pauvreté, le chômage, la violence et les discriminations sont énormes et qu’il y a obligation de les relever.

L’impact du changement climatique et les dégâts causés par la pollution ou l’importance de la consommation d’énergie est, lui aussi, imposant, plus personne ne peut le nier.

Même si l’Europe n’est pas un point central des élections régionales, elle est au cœur des politiques régionales.

D’abord par le fait que les régions sont reconnues comme des structures importantes en termes de parole donnée aux citoyens. Il existe un Comité européen des régions qui a certes une voix consultative, mais dont cette parole est écoutée car chaque politique concrète que l’Union met en place, sur quelque plan que ce soit, prend forme nécessairement quelque part, donc dans un territoire.

Nous proposons que les élus franciliens qui siègent au Comité européen des régions – certains y siègent aussi au nom de départements ou de villes – se réunissent en « assemblée européenne des Franciliens » pour rendre compte une fois par mois de leur mandat et pour échanger avec les acteurs locaux afin de mieux défendre les intérêts de la Région. On accuse souvent l’Europe d’être trop opaque et trop technocratique, et ceux qui y travaillent doivent toujours populariser plus ce qu’ils réussissent : « on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure » dit le proverbe.  L’Île-de-France doit prendre toute sa part dans les débats de la Convention sur l’avenir de l’Europe s’ouvre aujourd’hui. Si nous ne nous saisissons pas de cette opportunité démocratique pour non seulement prendre la parole, mais aussi proposer une nouvelle voie pour une Europe plus juste, plus solidaire et mieux préparée dans les défis démocratiques que sont la lutte contre les populismes et son rayonnement dans les équilibres globaux, nous ne serons que des commentateurs laissant d’autres décider à notre place. Ça n’est pas possible. 

L’Ile de France doit retrouver l’audience qu’elle avait avant 2015 en Europe en renforçant sa présence. Elle dispose de très bons relais et d’excellents outils qu’il faut préserver et amplifier.

Nous proposons chaque année une audition et un débat entre les acteurs européens des territoires au plus haut niveau (Commissaires européens, Président du Parlement et du Comité européen des régions) devant l’assemblée régionale qui sera précédée ou accompagnée de visites dans le territoire pour que les paroles et les actions s’articulent.

L’Ile-de-France pourrait aussi travailler à une meilleure coordination avec les régions hexagonales et les régions ultramarines – ce qu’on appelle dans le langage de l’Union européenne les régions ultrapériphériques – pour que les défis de ces territoires ne soient pas, eux, considérés comme « ultrapériphériques » puisque l’existence de ces territoires confèrent à la France, donc à l’Union européenne un statut stratégique en matière de surface sur tous les océans.

Enfin, nous devons avoir une stratégie plus efficace pour nos ressources. Les fonds européens qui permettent de financer des politiques de solidarité et de développement dans nos territoires constituent le deuxième budget de l’Union après la politique agricole commune. Sans ces fonds structurels, il n’est pas possible de boucler les budgets qui permettent ici de financer un projet associatif, un réseau de transport, là une gare multimodale ou un projet de recherche et de développement.

L’Ile-de-France doit non seulement mieux utiliser cet argent, mais elle doit aussi peser de tout son poids dans la définition des prochains objectifs du prochain « cadre financier pluriannel », c’est-à-dire le budget de l’Union européenne. Ce sera le premier budget « post-covid et il faut en tirer toutes les leçons.

C’est aussi au niveau régional qu’il faut agir pour réconcilier les Européens avec l’Europe et donner à tous les Franciliens les moyens de profiter d’une égalité réelle dans tous les domaines de leur vie.

Pierre Kanuty

Ancien Président d’Ile-de-France Europe

Pierre Kanuty

À propos de

Depuis la Martinique à la Région, engagé pour la solidarité internationale, l'Europe, l'égalité et l'unité de la gauche.