Où sont les femmes dans l'espace public ?

28 Février 2021

L’espace public est un espace organisé en trompe l’oeil qui donne la part belle aux hommes.

Cela commence dès le plus jeune âge, notamment dans les espaces éducatifs avec les cours d’école, où trônent des espaces délimités, dédiés à des activités, stéréotypées “garçons”.  La récréation est un temps fort de l’apprentissage des spatialités par les filles : prendre moins de place, éviter le centre, esquiver plutôt que percuter. En miroir, les garçons apprennent très tôt qu’il faut prendre le pouvoir et la culture viriliste se construit : occuper l’espace, se montrer incisif et audacieux. Ainsi se construisent, se renforcent et se naturalisent les stéréotypes de genre : audace et entrepreunariat pour les garçons, douceur, calme et "care" pour les filles. 

La conception de la ville est un prolongement de cette organisation spatiale de l’école. La construction de pistes cyclables ou les zones sans voitures n’échappent pas à la règle des usages, puisque qu’elles pénalisent en priorité les femmes. Elles sont celles sur qui pèsent les trajets d’accompagnement des enfants à l’école, à des activités, pour les courses. Mais elles sont aussi en première ligne pour prendre soin et accompagner les proches dans le besoin (la voisine, les grands parents…).

Ainsi 75% des dépenses publiques profitent aux garçons (tous équipements et loisirs confondus). Les équipements de loisirs sportifs d’accès libres sont exclusivement occupés par les garçons. Ceci est vrai également pour les lieux de répétition ou les scènes de musiques amplifiées. Ces lieux, fonctionnent comme des « maisons des hommes » : ils valorisent les garçons virils et dominants. Ces attitudes préparent les garçons à entretenir des liens d’amitié, à construire des réseaux qui se reproduisent dans la vie politique, économique, sociale ou artistique. 

Ces logiques urbaines valorisent les pratiques masculines, infériorisent les femmes et préparent leur retrait de l’espace public. Ces conséquences se montrent aisément au travers l’analyse des discriminations budgétaires et au travers la tolérance « douce » aux propos sexistes tenus dans l’espace public.

L’approche des villes par le genre met également en évidence le peu de noms de femmes donnés aux rues, places ou boulevards. On peut également noter comment est utilisé le corps des femmes pour servir de décor aux fontaines, aux façades, encore aux portes cochères, ou aux publicités. 

La ville est surtout pensée par et pour les hommes: on ne peut que constater le sentiment d’insécurité (les femmes se déplacent rarement la nuit), et le harcèlement de rues (toutes les femmes ont en subi au-moins un dans leur vie) ou dans les transports.

Et si l’espace public peut devenait un lieu d’apprentissage de la mixité ?

Quelques pistes de travail:

  • Prendre en compte l’usage genré de la ville dans TOUS les équipements et aménagements publics
  • Sanctionner fermement les violences sexuelles et sexistes
  • Favoriser la confiance en soi des filles, les accompagner dans les usages de l'espace public
  • Éduquer les garçons

 

Ressources : Yves Raibaud et Edithe Marvejouls