Gagner la bataille de l'emploi en Ile-de-France

Youcef Bouabdallah | 28 Janvier 2021
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1. Coeur de la création d’emplois sur le territoire hexagonal, l’île de France est paradoxalement l’une des régions l’une des régions les plus touchées par les suppressions d’emplois
L’île-de-France est le poumon économique de la France mais aussi son principal bassin d’emplois, puisqu’elle regroupe près d’un quart des travailleurs de l’hexagone. C’est aussi une région au tissu économique très diversifié, où les activités de services concentrées à Paris côtoient des centres de production en grande couronne dans des secteurs traditionnels comme l’automobile ou des filières de pointe comme l’aéronautique, et où le petit commerce, la restauration et le bâtiment font vivre la majorité des habitants. 
La crise sanitaire frappe durement ces secteurs économiques dont l’activité est fortement ralentie, ou même mise à l’arrêt, laissant sur le bord de la route souvent les moins qualifiés, les plus jeunes ou ceux qui sont considérés comme n’étant plus capables de s’adapter à la transformation de leurs emplois. Les chiffres sont éloquents et montrent que l’Ile-de-France est tout sauf épargnée : le nombre de demandeurs d’emploi a bondi de 7% en un an, alors qu’il progressait de 4.5% en France métropolitaine. Nous avons atteint en octobre 2020 le million de chômeurs. Les plans sociaux se succèdent : depuis le 1er mars, trois fois plus d’emplois sont menacés par des plans sociaux qu’en 2019, et près de la moitié de ces destructions d’emploi concernent notre région. 
Les jeunes paient le plus lourd tribut de cette situation : dans le région, plus de 100 000 actifs de moins de 25 ans sont actuellement à la recherche d’un emploi. Nombreux sont ceux qui devront patienter avant d’entrer sur un marché du travail si convoité.
Il faut regarder les choses en face, si la situation est encore contenue grâce au chômage partiel, qui touchait 400 000 franciliens en octobre, chacun pressent une accélération des destructions d’emploi au printemps. Seul un plan ambitieux de relance permettra de préserver les emplois et donc une région solidaire et forte.  
2. L’actuelle majorité n’est pas la mieux placée pour répondre à ce défi immense. Depuis son arrivée au pouvoir, la politique de l’emploi et la formation professionnelle ont été négligées, tandis qu’il s’agit d’une compétence clef de la région, en particulier à l’heure de la crise économique la plus grave des dernières décennies. Enfermée dans son carcan libéral, elle a développé une politique uniquement fondée sur le soutien aux entreprises sans aucune contrepartie, sans se soucier des retombées sociales et sans réelle vision de politique industrielle ou de filière. Le groupe Total, subventionné en mai, démantèle en décembre son activité de raffinage en Seine-et-Marne et détruisant des centaines d’emplois.
Peu a été fait sur le plan de l’emploi, et beaucoup de dispositifs ont été défaits. La région a considérablement réduit la voilure de son soutien aux missions locales, qui se dressent pourtant en première ligne aux côtés des jeunes en recherche d’emploi. Les emplois aidés, mis en place par la précédente majorité régionale, ont été supprimés, alors qu’ils permettaient de soutenir activement le milieu associatif.
3. Nous portons une toute autre vision de l’avenir de l’emploi et de la formation professionnelle. Un plan ambitieux doit permettre de maintenir l’emploi et de préparer les travailleurs aux transformations à venir. Cette réflexion s’appuie sur deux piliers : d’un côté appuyer les demandeurs d’emploi et notamment les plus fragiles, de l’autre soutenir les entreprises qui créent de l’emploi et adapter les formations à leurs besoins. 
Jeunes ou seniors, les publics les plus vulnérables forment une priorité trop longtemps oubliée. Pour les jeunes, un choc de l’offre d’emploi nous semble nécessaire, et pourrait prendre la forme de contrats aidés et d’aides à l’embauche. Pour les plus seniors, certains subiront des licenciements dans des secteurs en perte de vitesse, alors que d’autres emplois sont créés ailleurs : a nous d’imaginer des dispositifs qui permettront de sécuriser ces parcours et de maintenir les salariés dans l’emploi malgré le changement éventuel d’entreprise.
Sur le plan de l’offre, l’aide aux entreprises n’est pas un tabou, mais elle doit mieux encadrée par des contreparties sociales et écologiques claires ; la priorité doit être donnée à la préservation des emplois, dans le cadre d’un dialogue social franc avec les représentants des salariés. 
L’avenir se prépare en s’appuyant aussi sur le tissu industriel existant : des secteurs traditionnels comme l’industrie (aéronautique, automobile), le bâtiment et le commerce ou encore les services et le tourisme sont au cœur de la création d’emplois dans la région et ont souvent des besoins urgents pour embaucher. Pour mieux connaître ces besoins, une réflexion partant de la base, dans chaque département, doit redonner du sens à une stratégie d’ensemble développée par le Conseil Régional. L’appareil de formation servir ces secteurs en tension, même s’il doit aussi préparer l’avenir. La crise nous le rappelle douloureusement, la protection des secteurs existants ne peut suffire : la région doit être à la pointe pour accompagner ces mutations profondes et penser les formations pour répondre à la révolution numérique et accompagner la transition écologique


François KALFON