Le point sur : Une crise durable du logement en Ile-de-France

Marie Pla & Auriane Lamy | 22 Janvier 2021

La crise du logement en Ile-de-France est d’une sévérité sans appel. La première métropole de France est aussi celle de toutes les inégalités : le logement constitue un poids croissant dans le budget des ménages franciliens dans un contexte où les loyers dans le parc social sont 2 à 3 fois inférieurs à ceux du privé.

Le parc social loge d’ores et déjà 25% des résidences principales, soit 2 millions de personnes, et représente 26% du total des logements sociaux en France ; une concentration révélatrice de l’ampleur du défi.

25% des Francilien.nes souffrent également de mal-logement : l’insalubrité et les marchands de sommeil sont un fléau qui concernent des populations déjà fragiles et tendent à les enfermer dans la précarité.

Des dispositifs obligent les collectivités à disposer d’au moins 25% de logements sociaux, mais cet objectif est inégalement respecté sur le territoire francilien : 15 communes abritent un quart des logements sociaux de la région, tandis que 68 sont carencées à ce jour. Cette répartition inégale alimente des fractures territoriales puissantes et requiert un engagement fort de la région pour rééquilibrer son territoire.

Le désengagement de la Région contribue à aggraver la situation

Pourtant, la production de logements sociaux est en recul depuis 2015 et n’atteint plus l’objectif annuel de 37 000 logements/an fixé par le Schéma Régional de l’Habitat et de l’Hébergement (SRHH) en 2017. Cette baisse est largement imputable au désengagement financier de la Région qui a divisé son budget logement par 2 par rapport à 2015.

La situation ne fait qu’empirer : la population francilienne croît de 50 000 à 60 000 habitant-es chaque année, et une part stable de ces nouveaux habitants cherche à se loger dans le parc social. En Ile-de-France, 25% des foyers relèvent par leurs revenus du logement très social (PLAI), 32% du logement social (PLUS) et 16% du logement social intermédiaire (PLS) : au global, 70% des Francilien-nes pourraient prétendre à un logement social.

La baisse de la production de logements sociaux conduit mécaniquement à une hausse des demandes de logement social insatisfaites, et alimente des situations de précarité pour les Francilien-nes. 720 000 demandes de logement social étaient ainsi en attente fin 2018, contre 634 000 en 2015, soit une augmentation de 15%.

Garantir l’accès au logement : un enjeu prioritaire

Il est essentiel de mener une politique volontariste pour enrayer cette dynamique qui a des conséquences délétères sur la qualité de vie et les opportunités des Francilien-nes, et en particulier des plus précaires. 

La production de logements sociaux doit impérativement augmenter pour atteindre les objectifs fixés, prioritairement dans la catégorie PLAI pour protéger les plus vulnérables. La Région a également un rôle à jouer pour résorber les fractures territoriales, notamment en veillant au rééquilibrage de la part de logements sociaux sur l’ensemble du territoire.