Châtenay-Malabry – Pourquoi nous nous battons pour un autre projet de rénovation de la Butte Rouge

Michèle Canet | 15 Mars 2021

Construite dans les années 1930, la Cité-Jardin est l’un des plus remarquables exemples d’urbanisme social, imaginée par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutté, Paul Sirvin, André Arfvision et le paysagiste Riousse. Sa construction s’est échelonnée en 7 tranches entre 1931 et 1965 représentant au total près de 4 000 logements.

Dans le troisième volume de City Planning, Housing, publié en 1938, l’urbaniste et critique d’architecture Werner Hegemann pressent « qu’elle deviendra une référence ». L’histoire lui a donné raison. Des promotions entières d’architectes, d’urbanistes et d’élèves à l’Ecole du paysage sont venues étudier l’agencement de « la cité-jardin la plus harmonieuse d’Europe », comme la décrit Jean-Louis Cohen, historien de l’architecture et professeur au Collège de France (Le Monde, 4 janvier 2021).

La Butte-Rouge est un Eco-quartier avant l’heure !

Depuis leur construction, les bâtiments ont bien sûr vieilli. Une première rénovation est intervenue dans la seconde moitié des années 1980 pour moderniser les équipements sanitaires et l’isolation. Aujourd’hui une nouvelle rénovation est nécessaire pour mieux s’adapter aux attentes et besoins du XXIème siècle, mais elle doit se faire en préservant l’esprit de sa conception.

En 2015, l’office HLM « Hauts-de-Seine Habitat », alors propriétaire de la Cité-Jardin, lance des études pour réaliser cette rénovation. Le cabinet d’architecte retenu propose une réhabilitation douce du site avec une densification réinterprétant les logements de la Butte Rouge et avec un développement de mixité fonctionnelle visant à réintégrer le quartier dans la ville. L’idée est de construire la cité-jardin du XXIème siècle, avec comme préalable à l’opération la reconnaissance de ce patrimoine ouvrier exceptionnel.

Depuis 2018, la Cité-Jardin est propriété de l’office « Hauts de Bièvre Habitat », présidé par M. Siffredi (LR), alors maire de Châtenay-Malabry et aujourd’hui président du Conseil départemental. Plutôt que de reprendre les propositions du cabinet lauréat des études demandées en 2015, le projet de la municipalité est aujourd’hui de rénover en détruisant plus de 80 % du bâti existant. On y voit une double atteinte :

  • Au patrimoine francilien : la Butte Rouge, comme mentionnée ci-dessus, est un site architectural et paysager référence de l’urbanisme de l’entre-deux-guerres. Le projet de la municipalité entrainera une densification du site et portera atteinte à un environnement où se trouve de nombreux espaces verts, des jardins familiaux, des arbres remarquables (l’association A.R.R.B.R.E.S en a dénombré un grand nombre y compris un acacia robinier de plus de 300 ans).

  • Au logement social : le projet prévoit la suppression de 1 500 logements PLAI (financé par un Prêt locatif aidé d’intégration) pour favoriser la promotion immobilière.

Devant les menaces qui pèsent sur l’avenir de la Butte-Rouge, de nombreuses voix se sont élevées et ont demandé à M. Siffredi, et à son successeur de modifier leur projet.

Dès l’été 2018, Madame Nyssen, ministre de la culture, était intervenue en missionnant un groupe d’experts, désignés par la ville et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), afin d’établir un plan guide et de prescriptions urbaines, architecturales et paysagères pour la fin de l’année 2018. Cette démarche semble ne pas avoir eu de suite. Madame Nyssen souhaitait, par cette démarche, obtenir un classement comme site patrimonial remarquable (SPR). Au lieu de cela, la municipalité a préféré demander des permis de démolir !

C’est cette même volonté qu’a montré Madame Bachelot en exprimant publiquement sa volonté de voir aboutir le classement du quartier. Elle a indiqué que si le conseil municipal n’adoptait pas rapidement une délibération demandant ce classement, elle n’excluait pas de recourir à une procédure exceptionnelle : le classement d’autorité par décret en Conseil d’Etat.

Ce classement en SPR est un préalable, il ne suffit pas : il faut l’accompagner d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Patrimoine (PSMVP), seul celui-ci permettra de définir le cahier des charges précis de la rénovation.

Et la Région pourrait délivrer le label “PATRIMOINE D’INTÉRET RÉGIONAL ». Ce label, créé en 2017 afin de mieux identifier, à l’échelle régionale, des sites non protégés au titre des Monuments Historiques mais présentant un réel intérêt patrimonial.

Outre l’opposition manifestée par les élu·e·s municipaux du « Collectif Citoyens Châtenaisiens » (regroupant des élu·e·s citoyens, EELV, PS), de nombreuses associations locales, régionales ou nationales se sont élevées contre ce projet : « Sauvons la Butte », l’ « Association Châtenay Patrimoine Environnement », « Environnement 92 », les architectes d’Île-de-France, l’association Sites et Monuments, l’association A.R.B.R.E.S …

Par ailleurs, ces dernières semaines, la presse s’est largement fait écho de la menace qui pèse sur ce patrimoine : presse locale avec plusieurs articles du Parisien, mais aussi la presse nationale (Libération, Le Figaro, La Croix, Télérama, Le canard enchaîné, Le Monde), la presse spécialisée dans le domaine architecturale, France culture…. Et même BFM et TF1.

L’enquête publique liée à la modification du plan local d’urbanisme (PLU) voulue par le maire pour mener son projet à bien, a recueilli 87 % d’avis défavorables. L’avis du commissaire enquêteur est… favorable !!! L’étape suivante, dans quelques jours, est le vote en conseil de Territoire, mais avec une forte majorité de droite, il n’y a aucun espoir sur l’issue.

Donc nous devons nous battre pour un autre projet.

Beaucoup de choses ont évolué depuis la construction de la cité jardin, les villes sont imaginées différemment et nous ne souhaitons en aucun cas figer la Cité-Jardin, mais la dynamiser, la faire évoluer en respectant ses caractéristiques.

Il y a d’abord la rénovation des appartements (mal entretenus par Hauts-de-Seine Habitat) pour répondre aux demandes des habitants ; il faut introduire de la mixité sociale pour le revivifier le quartier ce qui entraînera une légère diminution du nombre de logements PLAI surtout si on veut éviter la densification.

Mais nous ne sommes pas obligés de passer de 3 300 logements sociaux PLAI à 1 700 logements sociaux dont seulement 600 PLAI.

Rien ne nous oblige à détruire 80% des bâtiments actuels quand une profonde réhabilitation est tout à fait possible techniquement, nettement préférable sur le plan écologique et climatique, et parfaitement capable d’attirer des habitants de tous les milieux sociaux.

Ce site est remarquable il ne faut pas le défigurer : « des immeubles de petite taille, dans une grande unité et cohérence stylistique, parsemés de façon harmonieuse dans un cadre vallonné et remarquablement arboré, doté de jardins partagés accessibles aux habitants, avec un rapport équilibré entre paysage et bâti, entre ville et nature, avec une conception traversante des intérieurs, avec une utilisation de la topographie pour répartir les bâtiments de façon à ce qu’ils soient tous ensoleillés, … ». Voilà comment est décrite la Butte Rouge.

Michèle Canet

À propos de

Conseillère municipale (2001 -2014 et 2020 - 2026) de Chatenay-Malabry et ancienne Conseillère générale socialiste de Châtenay (1998 -2011).